Rendez vous le 27 mai de 18h à 20h pour la signature du livre Tu ne peux pas toujours tuer tout le monde à la fin dans le sommeil de Harry Crews de Yann Stofer et Julien Perez et pour le vernissage de l'exposition associée.
"En décembre 2019, nous nous sommes rendus dans la ville de Gainesville, en Floride, dans l’espoir de retrouver les traces de l’écrivain américain Harry Crews, illustre représentant du Southern Gothic, genre littéraire typique du sud des États-Unis. Fervents lecteurs de son oeuvre à la fois déchirante et grotesque, nous souhaitions dresser un portrait de l’homme, disparu 7 ans auparavant, à travers les lieux qu’il avait fréquentés. Pour cela, il nous paraissait logique de commencer par chercher dans la ville où il avait vécu et enseigné pendant 30 ans. Mais en interrogeant les habitants de Gainesville au hasard, pas grand monde ne semblait se rappeler de lui. Quelques étudiants à qui son nom disait vaguement quelque chose, un coiffeur qu’il avait payé avec un manuscrit inédit, un barman à qui il avait laissé une grosse ardoise. Les romans n’étaient ni à la bibliothèque de l’université, ni dans la seule librairie de la ville.
Le succès que certains d’entre eux (Body, Car, A Feast of Snakes) avaient connu dans les années 80 paraissait bien lointain. Leur auteur, qui posait jadis en compagnie de Sean Penn et Madonna, était devenu un véritable fantôme. Alors nous avons écrit au seul contact que nous avions :
Skip Hulett, de l’université d’Athens en Géorgie, qui gère les archives de l’écrivain. Il a accepté de nous recevoir et c’est à partir des quelques informations et numéros de téléphone qu’il nous a donnés que nous avons pu remonter la piste des rares personnes qui avaient côtoyé Harry Crews au cours des dernières années de sa vie. Nous nous sommes alors lancés dans un voyage à travers le sud-est des États-Unis afin de recueillir leurs témoignages, parmi lesquels ceux d’une ancienne compagne, championne de culturisme, ayant inspiré le personnage principal de Body, ou d’un avocat acariâtre, spécialiste du football américain et collectionneur de livres compulsif. Au fil de ces rencontres, nous avons découvert les territoires et les endroits que l’écrivain aimait parcourir et fréquenter. Confrontant ainsi les fantasmes qu’avaient fait naître en nous sa littérature à la réalité sociale, culturelle et esthétique d’une Amérique peu habituée à recevoir la visite de touristes étrangers. De ce voyage, nous avons rapporté beaucoup de matière sous la forme de photographies, de vidéos de notes et d’enregistrements audio sans savoir exactement quelle forme nous souhaitions donner à ce projet.
Les bouleversements dus à l’épidémie de Covid nous l’ont fait perdre de vue pendant quelques temps. C’est en nous replongeant récemment dans ces documents, que l’idée d’en faire un livre photographique où se mêle documentaire et fiction a germé en nous. En effet, avec le recul, il nous a semblé que les matériaux dont nous disposions nous offraient la possibilité de réaliser quelque chose de plus ambigu et retors qu’un simple portrait illustré. Il nous est apparu que se dégageait une force plastique et narrative dans la manière dont s’entrelaçaient ces images de lieux fantômes, de marécages vénéneux, ces témoignages sur Harry Crews et tout ce que nous avions vécu dans cette Amérique sauvage et désolée où nous assistions quotidiennement, de notre point de vue d’européens, à des scènes semblant tout droit sorties de l’un de ses romans. En ce sens, le livre que nous souhaitons concevoir met en avant le travail plastique de Yann Stofer et le travail d’auteur de Julien Perez, assumant notre point de vue artistique, dans une forme d’autofiction qui s’agrège autour de la figure insaisissable d’Harry Crews et s’abreuve de son esthétique."
