Calder, pas de deux
- Authors: De (auteur) Yannick Mercoyrol
- Publishers: ATELIER CONT
- Date of Publication: 2026-04-03
- Pages: 140
- Dimensions: 200mm x 162mm
Un récit à deux voix, celle d’un critique et celle de Louisa, l’épouse, qui nous
dévoile un Calder intime : créateur foisonnant, poète du métal, figure majeure
des avant-gardes, bricoleur-poète entouré des artistes majeurs de son époque.
Grâce à l’écriture ciselée de Mercoyrol, l’artiste reprend vie dans un portrait
vibrant, sensible et profondément humain. La première chose qui surprend le
lecteur de ce Pas de deux est certainement la découverte d’un texte chanté à
deux. Car à côté de la voix allegro du narrateur critique d’art, se glisse une
voix plus inattendue, mélancolique, en adagio, celle d’une femme qui s’épanche
dans des lettres adressées à un(e) inconnu(e). Parfois, les deux se font écho ou
se répondent. Parfois, la voix féminine s’élève en solo ailleurs, dans des
recoins plus intimes. Une des forces du livre se loge dans l’invention de ce
personnage féminin, Louisa, l’épouse de l’artiste, qui vient nous raconter elle
aussi qui était Sandy, mais qui nous confie également ses pensées et des
morceaux de son existence : loin d’être une maîtresse de maison tandis que son
mari crée, ou de se réduire à la gardienne de la mémoire du génie défunt, on
découvre une person-nalité singulière, une femme qui pleure seule dans sa
chambre d’hôtel l’assassinat de Kennedy et confie ses découragements politiques,
qui, après une fausse couche, réfléchit à la place du « sang des femmes » dans
les sociétés patriarcales, qui raconte le deuil impossible de l’être aimé, ou
qui trouve la clé pour lire l’énigme du portrait de Calder photographié par
Penn. Cette inflexion féminine n’est sans doute pas étrangère à notre perception
de Calder qui s’élabore au fur et à mesure des pages. Un personnage Janus, à la
fois bricoleur et poète, artisan et sculpteur, génie et bon vivant, un artiste
consacré avec sa chemise rouge légèrement débraillée. Celui que son ami Masson
appelle « le forgeron des libellules géantes » est certes l’auteur des mobiles
et des stabiles qui l’ont rendu célèbre, mais aussi un homme qui croque des
animaux dans ses carnets, combine des personnages en fil de fer, met en scène et
agrandit infatigablement son cirque, fabrique des bijoux pour ces proches ou des
meubles pour sa maison. Calder en pas de deux. À l’image de son œuvre, vide et
pleine, allègre et grave, qui conjugue l’espace avec le temps, et dont la
résolution des contraires est peut-être à chercher du côté de la figure de la
spirale.
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