Atopiques
Atopiques
« L’anonymat est un combat » disait Jean Clay. Une discrétion revendiquée plane
sur l’existence et sur l’œuvre de celui qui a fondé les prestigieuses éditions
Macula en 1980. Atopiques rassemble ses écrits sur l’art les plus importants,
parus notamment dans les revues Robho et Macula qu’il a fondées avec une passion
érudite, au fil des années 1960 à 1980. Des contributions des historiens de
l’art Yve-Alain Bois et Thierry Davila en éclairent la portée théorique et
historique. Journaliste et critique, passé par Le Monde puis par Réalités, mais
aussi historien de l’art et éditeur, Jean Clay fut animé par une constante
volonté esthétique et politique de « multiplier les instruments de
l’expression », autrement dit d’inventer matériellement ses propres modes
d’expression. Ainsi ses écrits sur l’art rassemblés ici sont-ils indissociables
des deux grandes aventures éditoriales qu’il a initiées, avec la revue Robho de
1967 à 1971, puis avec la revue Macula de 1976 à 1979. Fidèle à cette histoire,
Atopiques se divise en deux grandes parties. La première donne à lire ses écrits
des années Robho, alors qu’il anime cette revue fondée avec le poète Julien
Blaine, qui visait à mettre en crise les institutions sociales et politiques,
notamment littéraires et muséales. Tandis que la seconde partie donne à lire ses
écrits des années Macula, durant lesquelles il se consacré, avec l’historien de
l’art Yve-Alain Bois, à cette nouvelle revue qui visait quant à elle plus
particulièrement à mettre en crise l’institution du tableau lui-même, du tableau
comme forme cristallisant divers enjeux esthétiques et politiques. Dans un
entretien avec Thierry Davila et Valérie Mavridorakis, Jean Clay raconte entre
autre la création de la revue Macula et des éditions du même nom, dans une
atmosphère « surexcitante intellectuellement », celle des années 1970 et 1980,
époque où essaimaient les pensées de Walter Benjamin, que l’on découvrait dans
les traductions de Jean Lacoste, de Michel Foucault, Jacques Derrida, Tzvetan
Todorov, Roland Barthes, Hubert Damisch, Georges Didi-Huberman, ou Rosalind
Krauss… Se remémorant son parcours, Jean Clay évoque le jour où Yve-Alain Bois
l’invita à boire une bière chez Michel Foucault, ou encore le jour où, écoutant
Georges-Didi Huberman parler de sa thèse sur l’iconographie photographique de la
Salpêtrière dans le séminaire d’Hubert Damisch à l’École des hautes études en
sciences sociales, il eut l’idée d’en faire un livre. Dans les écrits qu’il
consacre à l’art qu’il aime – « l’art optique, l’art du mouvement,
l’art-événement, l’art-environnement, l’art-invisible, l’art-multiple,
l’art-collectif » – il use, comme le note Thierry Davila, de « tout un
vocabulaire renouvelé, enrichi, travaillé et étendu de la description », qui
sert « une observation minutieuse et aiguë des singularités concrètes
œuvrantes ». Ces singularités, vers lesquelles Jean Clay aiguille notre
attention, ce sont les artistes Josef Albers, Martin Barré, Lygia Clark, Hans
Haacke, Richard Paul Lohse, Édouard Manet, Rafael Martinez, Jackson Pollock,
Robert Ryman, Jesús-Rafael Soto, Takis ou Georges Vantongerloo.
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