Deuil Blanc
- Auteurs: Flore Prébay
- Éditeurs: PROCESS
- Date de publication: 2026-07-13
- Pages: 72
- Dimensions: 270mm x 220mm
Ma mère a été diagnostiquée d’une démence fronto-temporale, accompagnée de la
maladie de Charcot. J’ai alors choisi de partir en Islande, dans l’idée d’un
voyage introspectif. Je pensais y trouver un portrait singulier du pays, mais
c’est finalement celui de ma mère qui s’est imposé à moi. Depuis l’annonce de sa
maladie, je médite sur la notion de « deuil blanc » — ce deuil qui commence
avant la fin, quand l’être aimé est encore là, mais déjà en train de s’éloigner.
Je cherche à la représenter sans jamais sombrer dans le voyeurisme de sa
condition. Des images me traversent, chargées de sensations, d’instabilité,
traduisant sa disparition progressive. Peu à peu, son essence se révèle dans
l’effacement : sa voix s’éteint, ses souvenirs se dissolvent, son visage devient
peau craquelée. Elle s’efface lentement, ne laissant qu’une coquille vide. Cette
lente disparition m’inspire une matière fragile, presque organique: le papier
artisanal. J’ai choisi de collaborer avec mon oncle, artisan papetier, pour
matérialiser cette transformation à travers un support vivant, évolutif,
vulnérable. Face à cette fragilité de l’existence, je ressens une profonde
impuissance et c’est précisément cette condition humaine que je souhaite
interroger. Les paysages d’Islande, instables, entre feu et glace, incarnent à
mes yeux cette tension intérieure. Ils deviennent une métaphore du cerveau
malade, des neurones qui se désagrègent, comme du papier trop fin. Le hasard,
l’impermanence, la fragilité : tout cela s’exprime à travers ce support. Le
papier, en se transformant, devient le témoin de mon deuil en mutation. J’y
ajoute des touches de peinture, posées lentement, comme pour prolonger le lien,
enrichir la mémoire, habiter ce monde en train de se dérober. À travers cette
matière, je tente de saisir la beauté éphémère de l’existence.
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