Je suis marilyn
- Auteurs: Corinne Lellouche
- Éditeurs: RUE DE LOUEST
- Date de publication: 2026-10-14
- Pages: 155
- Dimensions: 180mm x 120mm
Elle ne voulait pas devenir blonde, elle a abusé des médicaments en raison des
douleurs sévères causées par une endométriose, ses règles la pliaient en deux de
souffrance. Comme nous toutes. Elle a permis à Ella Fitzgerald, interdite de la
salle mythique du Mocambo d’y accéder, et d’y accéder par la grande porte alors
que les Noir.es, même célèbres, devaient utiliser un escalier de service; elle
s’est engagée pour la défense des minorités, des précaires, au côté des
pacifistes, dans un pays qui a employé l’arme nucléaire; elle a défendu son
mari, Arthur Miller, pendant la chasse aux sorcières, au risque de sa carrière
encore; elle s’est élevée pour la défense des personnes LGBT+, elle fut la
première (après les pionnières oubliées de 1910) et la seule à créer sa propre
maison de production, « Les Marilyn Monroe Productions », afin de s’opposer à la
dictature impitoyable des studios; il fallut attendre 40 ans pour qu’une telle
expérience soit à nouveau tentée. En cela, elle fut et demeure unique. Marilyn,
dont l’image continue de générer un revenu annuel estimé par Forbes en 2012 à 27
millions de dollars, ce qui en fait l’icône féminine la plus lucrative de tous
les temps; qui, encore aujourd’hui, fait doubler les ventes quand un magazine la
met en couverture, que l’on rencontre mille fois par jour, sur l’affiche du 65e
Festival de Cannes, dans plus de cent ouvrages en France, qui fait l’objet d’une
mémoire et d’un culte aussi vivant qu’inédit, continue à passer pour une idiote,
une Dumb blonde comme a écrit et chanté l’intelligente Dolly Parton, manière
d’ironiser sur les idiots. Faites l’expérience, regardez autour de vous, dans
cette pièce où vous lisez, vous trouverez, une image, une phrase, une trace de
Marilyn. Elle est devant nos yeux la personne la plus maltraitée et la plus
invisibilisée. Je parle de sa personne. Son corps, lui, en a fait la femme la
plus photographiée du monde. Ainsi, concentre-t-elle tous les a priori sur notre
genre, y compris l’invisibilisation de notre « personne ». Des êtres à qui l’on
ne permet pas d’apprécier le maquillage, les robes éblouissantes, les escarpins,
sous peine d’être traitées d’imbéciles. Aujourd’hui commence à peine (à peine
oui) une forme de réhabilitation : « Chaque chose doit resplendir à son heure,
et cette heure est celle où des yeux véritables la regardent », a écrit la poète
Marina Tsvetaïeva. On pense à Pauline Oliveros, accordéoniste et compositrice
étasunienne légendaire, précurseuse de la musique minimaliste et des musiques
électroniques, dont le titre sorti en 1970 : « À Valerie Solanas et Marilyn
Monroe, pour reconnaître leur désespoir », réunissait avec justesse les deux
résistantes. J’ai décidé d’écrire ce modeste essai suite à une colère froide.
L’actrice Agnès Jaoui avait osé dire dans un discours du 20 novembre 2020 lors
de la troisième édition des Assises pour l'égalité, la parité et la diversité
dans le cinéma et l'audiovisuel : « J’étais fascinée par Marylin Monroe avant de
réaliser que j’avais voulu ressembler à une idiote ». Cette parole devant un
public féministe fut plébiscitée et relayée comme « une parole poignante » sans
que personne de Télérama à BFM ne la remette en cause. Je suis Marilyn est ma
réponse, car à travers Norma Jean, « je » mets en jeu la citoyenne parlante,
obsédée par elle depuis l’enfance, ce dont je ne me suis jamais cachée, mais
combien j’ai été moquée pour ce tropisme jugé l’une de mes faiblesses; avec
l’impression que je n’avais pas les mots pour déconstruire cette supposée «
idiotie » qu’on lui colle à la peau. Une petite orpheline sans ressources, une
fillette violée par de vieux dégueulasses dans ses familles d’accueil aurait pu
devenir une telle icône sans faire appel à une volonté, une sensibilité, une
intelligence hors du commun ? Elle osa évoquer ces abus à une époque où la
honte, le tabou retombait sur les victimes, jamais sur leurs agresseurs. Aux
journalistes venus la démolir après avoir ébruité qu’elle avait posé nue pour un
calendrier, et qui lui demandèrent : « qu’aviez-vous mis pour cette séance ? »,
elle avait répondu du tac au tac : « la radio ». C’est une réponse d’idiote ça ?
Je suis Marilyn, récit en autofiction, en quête, mêle ses fragments à ceux du
siècle, en toute intimité. Amie, amante, sœur, alliée, exemple, au côté des
femmes trans qui l’ont incarnée, je proclame avec une infinie fierté : « Je suis
Marilyn ». Comme nous toutes.
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