LE BOURRIER
- Auteurs: Lassus Oriane
- Éditeurs: ION
- Date de publication: 2025-02-07
- Pages: 40
- Dimensions: 220mm x 190mm
En parallèle de la bande dessinée, Oriane Lassus expérimente en permanence
différentes formes plastiques, différents supports. Céramique, bidouillages,
dessin envahissant tout ce qui passe à portée… Ce livre montre un petit aperçu
de ses explorations automatiques, qui accompagnent en sous-main ou dans les
marges son travail de création, quand le stylo erre sans autre but que
l'invention. Les petites figures qui émergent de toute part sont comme un
laboratoire réjouissant et plein d'humour, source de mille micro-histoires en
germe.
Ça grouille, ça se rencontre, ça vit dans tous les coins.
Elle dit : « En 2002, quand je suis entrée au lycée en arts appliqués, la liste
des fournitures contenait un assortiment de Rotrings et je suis devenue folle de
cet outil. La dureté de la pointe, la finesse du trait, ces cheveux d'encre
noire, encre qui coule ou encre qui gratte. J'ai essayé toutes les tailles et
élu ma préférée : bague rouge, 0,18 mm. En vingt-trois ans, j'en ai acheté et
massacré des quantités, changé de marque, acheté des stylos entiers ou des
pointes au détail, des cartouches déjà remplies ou des petites bouteilles
d'encre, passé des heures à faire tremper, à secouer, à badigeonner des éviers
de taches diffuses, imbiber des mouchoirs. J'ai même inventé une technique de
débouchage à base de feu, efficace ou fatale selon les fois. Les stylos à
pointes tubulaires - avec leur minuscule fil de métal qui laisse couler l'encre
à travers la pointe, avec leur capacité à se boucher dès que l'encre sèche un
peu parce qu'il fait trop froid ou trop chaud, dès qu'une petite fibre de papier
se glisse dans la tige - sont des outils fragiles et capricieux. Alors pour
garder la pointe en vie, il faut gribouiller, il faut tracer des traits coûte
que coûte. Il y a des milliers de dessins que je n'ai faits que parce qu'il
fallait ne pas laisser sécher ce petit morceau de métal, le temps d'avoir une
idée, le temps d'imaginer comment dessiner quelque chose de plus important. (…)
Un soir, à peine ai-je pris ma belle plume que je renverse mon encrier sur mon
bureau. Quand j'ai fini d'éponger la petite flaque noire avec les feuilles que
j'ai sous la main, je retrempe la plume dans l'encrier et trace une première
forme au milieu des taches. J'appuie légèrement sur la pointe pour la redresser,
une action anodine. Ma belle plume explose en en trois morceaux. Finalement,
l'image me plaît. » (Oriane Lassus dans Oooo, La revue qui regarde le dessin #6)
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