The Other End of the Rainbow
- Auteurs: De (auteur) Kourtney Roy, Texte de Kourtney Roy, Photographies de Kourtney Roy, Texte de FRANÇOIS CHEVAL, Texte de Gladys Radek
- Éditeurs: ANDRE FRERE
- Langue: EN / FR
- Design: Le Petit Didier
- Date de publication: 2022-07-12
- Pages: 432
- Dimensions: 295mm x 225mm
« En substituant l’absence à la preuve directe, Kourtney Roy souligne les
impossibilités d’un discours d’évidence sur ces vies « minuscules » qui
n’attirent jamais l’attention. En Colombie Britannique (Canada), depuis 1969,
c’est-à-dire pendant plus de 50 ans, les meurtres vont s’étaler dans le temps.
Des dizaines de femmes et de filles vont disparaître, quelques unes seront
retrouvées mortes, dispersées le long de ce que l’on appelle désormais «
l’autoroute des larmes ». Disparitions et crimes en majeure partie non élucidés.
Ainsi ce transport ne sera en rien la description pittoresque du Grand Nord. Roy
nous met à l’épreuve de percevoir, depuis des lieux vides en eux-mêmes et sans
vie apparente, une humanité sacrifiée et reléguée. Face au déni d’une société,
le rôle que Kourtney Roy accorde à la photographie est de s’attacher, malgré
tout, à partager une douleur et à faire ressentir une tension qui ne peut
trouver d’exutoire que dans le drame : une histoire sans cesse répétée d’échecs,
de marginalisation et d’exclusion. La vie dans laquelle des femmes et des
filles, majoritairement autochtones, ont été prises au piège, imposée, éclatée
et fragilisée bascule dans le fait-divers. Le spectateur ne peut être qu’un
témoin sidéré face à la catastrophe féminicide, abasourdi parce que connaissant
dès le commencement l’origine du crime. Il entrevoit sans aucun doute la
mécanique de la disparition. Le récit photographique, calme, sans illusions sur
sa portée, n’accueille aucun éclat. Sur un tempo lent, on suit étape par étape
un chemin de croix, le calvaire des exclues, qui n’est que la conséquence de la
violence machiste et raciste. Étonnant propos que cette série, sans heurts,
d’une grande simplicité, décrivant des lieux qui s’enchaînent sans lyrisme mais
jamais plat. La mise en récit par l’image est dans l’impossibilité de dire
directement le désordre du monde. Ce dernier est essentiellement nocturne,
flouté par le brouillard ou les incendies de forêt, c’est-à-dire qu’il échappe
au regard, définitivement rétif à la photographie. Il faut faire avec ! Alors le
médium retrouve sa qualité première, le silence qui accompagne la violence, dans
ce qui ne peut s’énoncer ouvertement. Entre pick-ups abandonnés, neige salie et
intérieurs ordinaires se dessinent les arrêts du destin. Exit only.» François
Cheval, extrait.
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